J'ai appris le décès de Maurice Opinel, président de la célèbre marque de couteaux savoyards.

Sur Twitter, j'ai eu un échange avec mon ami, José. Il voudrait, si je le veux, que je raconte mon histoire. Mon histoire n'est pas extraordinaire, lui ai-je écrit. José m'a répondu : "Toutes les histoires sont extraordinaires. Elles sont une."

Je me souviens des repas familiaux à Aubagne, où nous habitions quand j'étais enfant. Mon père possédait un Opinel. Je ne savais pas, à cette époque, l'importance que cela avait pour un homme d'avoir un Opinel. Mais je savais l'importance que cela avait pour mon père. Ou plutôt, je la devinais. Quand il se saisissait de son couteau pour découper des tranches de pain ou, simplement, des bouchons en liège pour passer le temps, il  y avait une sorte de rituel, quelque chose de presque spirituel. Son geste ralentissait... comme pour garder une trace d'un moment sacré pour lui, et à partager avec la famille, sans en avoir l'air. 

J'associe l'Opinel à mon pays d'enfance, Aubagne, car c'était les années les plus marquantes et les plus merveilleuses : la montagne avec le Lou Garlaban, la mer, celle du port de Cassis, et bien d'autres souvenirs. C'était avant que la famille se disloque. Mais ça, c'est une autre histoire.