C'est en janvier 2009 que j'ai commencé l'écriture de ce récit. Je ne savais pas, alors, qu'il deviendrait un livre.

J'avais le désir impétueux d'écrire pour expurger les événements qui m'atteignaient cette année-là. une déferlante d'événements, tous difficiles à oublier. On n'en ressort pas indemne. Six ans après, j'y pense encore.

"Les mains coupées", c'est à la fois moi et pas moi.

Il ne s'agit pas d'une autobiographie au sens strict. Il n'y a pas de contrat autobiographique signé entre le lecteur et l'auteur. Je n'ai pas promis de dire la Vérité. Je sais trop bien que la Vérité est subjective et différente pour chacun.

"Les mains coupées", c'est des bribes d'histoires vécues, entendues, ressenties, que je condense pour en faire un moment dans l'histoire de quelqu'un... d'une femme. C'est ainsi que je construis des histoires, de la fiction. Ce qui permet de rendre la fiction proche d'un réalisme dans lequel le lecteur est plongé. Celui qui lit entre dans l'intériorité de cette femme comme dans celle de l'appartement. Il faut dire que ce logement a existé. Les questionnements tout autour de ce lieu aussi.

2009, c'est l'année où je terminais ma formation d'animatrice d'ateliers d'écriture. Une formation pour me préparer au métier. Nous endossions les rôles de formateurs.animateurs, d'apprenants et d'écrivants. Cette formation a eu le mérite de m'apprendre des éléments que j'ignorais sur mon écriture... jusqu'à son paroxysme. D'ailleurs, j'ai cru que je n'écrirais plus jamais. J'ai cru que "Les mains coupées" serait le dernier texte (car avant lui, il y a eu d'autres textes impubliables pour la plupart).

Je suis allée jusqu'au bout de l'énergie que je pouvais dépenser. Je me suis dite que ce texte, cet ultime texte (ce que je croyais à l'époque), je devais le finir. Et une fois fini, le réécrire. Je vous ai offert la neuvième version. Finir l'écriture de ce texte a été aussi un cadeau fait à moi-même. Un immense cadeau!

Les mains coupées

En mars 2012, soit trois ans après avoir écrit ce texte, "Les mains coupées", une connaissance sur Facebook me parle des Editions Kirographaires. Je tente ma chance. Je suis sur un nuage! Je désenchante au fur et à mesure du temps qui passe, car je ne vois rien venir. Et comme je ne connaissais pas le monde de l'édition, je croyais que c'était "normal". Je tire une mauvaise pioche. Le livre parait fin janvier 2013. Et quinze jours plus tard, les Editions Kirographaires demandent un redressement judiciaire. Elles font faillite officiellement en avril 2013.

Dépitée et dégoutée, j'en parle à une connaissance sur Facebook qui a choisi l'autoédition. Je refuse le fatalisme, je refuse de me taire, et de faire taire "la chair de ma chair". Pourquoi ne pas essayer l'auto-édition comme me le suggère cette connaissance? Je la rencontre sur Paris. Nous échangeons. Elle évoque une publication en numérique. Cela me parait compliqué. Elle m'affirme que non. Alors je me lance!

Je n'y avais pas songé ni pour l'une ni pour l'autre solution. Je me suis remise à croire, à espérer que le vent tourne en ma faveur, enfin! Le texte "Les mains coupées" va vivre, exister pour les lecteurs!

Pour terminer, "Les mains coupées", c'est aussi l'impossibilité d'écrire. Ne plus pouvoir. Je fais un constat depuis plusieurs années: ce désir impétueux d'écrire s'est tari au fil des années. D'autres désirs sont en immersion. Ils restent enfouis au tréfonds de mon être. Donc, un autre constat: ces désirs, je les nourris peu, voire pas du tout, bien que j'en ai eu une "révélation" intime durant la formation à l'animation d'ateliers d'écriture. Disons, une prise de conscience. Car même si le désir d'écrire m'accompagne depuis mon enfance, dois-je taire par souci de loyauté ces nouveaux désirs qui tentent d'émerger, qui demandent à se déployer?

La vie est un fil ténu. Et elle nous en apprend chaque jour. Je me sens croulée, parfois, sous le poids de ce que j'ai à apprendre. Parce que les relations humaines ne sont pas toujours faciles. Et je m'émerveille aussi, car j'ai toujours su m'émerveiller!

Les mains coupées, e-book.

Claire Roig