Pourquoi écrire sur soi ?

"Insaisissables. Voilà comment se réveillent la mémoire et la vie.

Imprévisibles!

Tu tires un fil et tu ne sais jamais ce que tu vas ramener à l'autre bout.

Tu mords dans une madeleine et tout Combray vient avec.

Tu souris à un enfant et c'est le ciel qui s'ouvre.

Tu cherches un timbre, une photo jaunie tombe entre tes mains, te voilà enseveli sous une avalanche de passé.

Tu tires un bout de ficelle et tu tiens un dieu par la patte."

Christiane Singer : Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? (Editions Albin Michel, 2001. Le Livre de Poche.)

Je fais partie de ces personnes qui ont appris très tôt à se taire, à se museler la bouche. Je déviais de mon intériorité pour essayer de plaire aux autres: famille, camarades de classe, collègues de travail, etc. Même aujourd'hui, ce mutisme (ou ce fantôme) du passé se répercute dans mes actions.

Se recentrer sur soi, sur sa propre personne n'est pas un acte égoïste. C'est une question d'équilibre pour soi, et pour ceux que l'on aime. Se recentrer sur soi est une réponse à apporter à notre vie sur terre; c'est une possibilité de donner un sens (voire plusieurs sens) à sa vie! Toute vie mérite d'être contée. On ne nait pas "homme", on le devient. "Le métier d'homme" s'apprend au quotidien (Le métier d'homme, titre d'un livre du philosophe suisse, Alexandre Jollien).

Quelles sont les raisons qui amènent l'écriture de soi ? On écrit sur soi:

- pour mieux formuler sa pensée;

- parce qu'on est conscient de la finitude de sa propre vie (chacun est unique et irremplaçable);

- pour transmettre sa vie à ses enfants et ses petits-enfants;

- pour ne pas laisser à d'autres le soin de nous raconter, de nous dire;

- pour se réapproprier sa vie, pour mieux en comprendre le sens, pour devenir acteur et non plus spectateur;

- pour mieux connaître soi et le genre humain;

- pour arrêter le temps et son côté irréversible;

- pour témoigner de son expérience;

- etc.

Il y a sans doute d'autres motifs profonds pour aborder l'autobiographie. Ce qui est certain, c'est qu'une fois entrevue une parcelle de soi, on n'en ressort pas indemme. C'est "tout Combray [qui] vient avec".

Des choix s'imposent alors:

- soit refermer cette boite noire et obscure que représente l'introspection;

- soit oser aller jusqu'au bout de cette obscurité et laisser pénétrer à l'intérieur la lumière. 

Apprendre de nos peurs, et les apprivoiser.

A suivre...

Claire Roig