Comment écris-tu ? Utilises-tu des procédés techniques, des contraintes ? T'imposes-tu des limites dans l'écriture d'un texte ?

J'ai découvert le plaisir de l'écriture à l'âge de 13 ans en m'amusant à écrire des nouvelles de science-fiction. A 15 ans, comme beaucoup d'ados, j'ai commencé à tenir un journal, qui m'a d'ailleurs beaucoup servi, une vingtaine d'années plus tard, pour retrouver le parfum d'une certaine insouciance que j'ai malheureusement perdue avec le temps, et que je voulais néanmoins absolument retranscrire dans mon premier roman Vivement l'amour. Entre temps, j'ai accumulé beaucoup d'écrits, mais malheureusement totalement inorganisés... Je crois que c'est mon premier roman (qui a pris forme "en temps réel" sur un blog) qui m'a enseigné une certaine rigueur absolument indispensable à l'aboutissement d'un projet d'écriture. Sans engagement régulier, rien ne prend forme. L'esprit part dans tous les sens, explore des dizaines de pistes en parallèle, et aucun manuscrit ne voit le jour. C'est d'ailleurs pour ces raisons que mon deuxième ouvrage s'intitule Ecris ton livre! C'est un guide de motivation à l'usage des auteurs en herbe ou en proie aux doutes... mais qui, à la base, consistait surtout à me permettre à moi-même d'entretenir une certaine envie d'écrire lorsque les doutes s'emparent de moi, et de retrouver ainsi la motivation pour le faire!

Quand je commence un nouveau projet, j'ai besoin de le nourrir en moi avant de me confronter au texte. Cela peut durer des mois, pendant lesquels je me charge de toutes les émotions et informations qui seront nécessaires à mon écriture. En cela, l'écriture est une forme d'accouchement.

J'ai également besoin de trouver un titre à mon livre avant de le commencer, même si celui-ci peut ne pas être définitif. En procédant ainsi, je sais qu'il contient le germe ou l'essence de ce que je veux exprimer.

Ensuite, durant l'écriture, je passe énormément de temps à peaufiner mes phrases, à travailler le rythme et la fluidité des sonorités. La musique des mots est importante pour moi. Trouver le bon mot me prend parfois du temps. J'aime bien l'idée selon laquelle le champ lexical participe à l'atmosphère que l'on veut retranscrire.

J'essaie malgré tout de me contraindre à des phrases plus simples que celles qui me viennent "naturellement", afin de me mettre à la portée de lecteurs qui ont grandi avec une certaine réticence à ouvrir un livre. Mais je ne peux malgré tout me résigner à utiliser un style rachitique avec des phrases dignes d'un élève de CE1. La langue française est très riche: ce serait une offense de ne pas le faire savoir!

De plus en plus, j'utilise une ébauche de plan. Non pas une élaboration rigoureuse de tout ce qui transformera une introduction en conclusion, mais en tout cas des événements balises qui fonctionnent pour moi comme des repères, en m'évitant de perdre le cap (si l'on compare l'écriture à un long voyage en solitaire à travers les océans) ou perdre le fil (pour rester plus terre à terre avec une référence au fil d'Ariane nécessaire pour ressortir du labyrinthe une fois que l'on aura atteint le Minotaure!).

Concernant les contraintes, non, je ne m'impose pas de contraintes particulières, en tout cas pas du genre de m'obliger à écrire une certaine quantité de mots chaque jour. Durant la phase de conception, je me comporte comme une éponge, et le projet m'habite chaque jour. Pendant l'écriture, c'est l'envie d'écrire et l'émotion que je porte en moi qui me servent de guide. Si je dois aborder un texte qui évoque la colère, il faut que j'éprouve cette colère en moi avant de la mettre sur le papier!

Par contre, une chose m'est absolument indispensable: écrire dans un endroit dans lequel personne ne viendra me déranger. Pendant longtemps, j'accédais à ce privilège en ne pouvant écrire que la nuit, par exemple en me réveillant vers deux ou trois heures du matin pour écrire jusqu'à six heures et demie, avant de profiter d'un micro-sommeil réparateur d'une petite demi-heure avant de me lever.

Quant aux limites dans l'écriture, elles me sont souvent imposées par les précautions que je prends parfois pour ne pas blesser certaines personnes de mon entourage, qui pourraient se trouver des points communs avec certains personnages ou situations. J'avoue que cela est une problématique réelle pour moi. Car ces limites vont à l'encontre d'une bonne littérature. Avec l'âge, j'essaie donc de les repousser.

Quand et où écris-tu principalement ? Et en dernier recours ?

Je peux prendre des notes n'importe quand et n'importe où. J'ai toujours un stylo et un calepin sur moi pour le faire. Parfois, ces annotations ont lieu sur ma tablette.

J'essaie seulement de ne pas me laisser submerger comme je l'ai été pendant longtemps, et de faire donc en sorte que ces petits "fafiots" personnels restent en rapport étroit avec mon projet. Ensuite, l'écriture se déroule sur un clavier, à mon bureau, là où je coupe tout contact avec l'extérieur. En phrase d'écriture, je passe en mode "anti-social". J'entretiens un instinct de protection du territoire que l'on pourrait qualifier de très animal, autour de l'endroit où j'écris! Pour éviter les conflits à la maison, je me suis donc éloigné, avec le privilège de pouvoir bénéficier d'un bureau physiquement séparé de l'endroit où je vis.

Un conseil: avant d'épouser un écrivain, sachez à quoi vous en tenir!

La suite prochainement.

Claire Roig