Qui es-tu ? Comment tu te définis ?

Qui je suis ? Avant tout, une bosseuse. Si, pour telle ou telle raison, je n'ai pas, pendant vingt-quatre heures, un livre à proximité de moi, de la tranquilité pour réfléchir ou un clavier pour pouvoir taper, que ce soit un fragment d'oeuvre littéraire ou des réflexions linguistiques, je me sens en manque.

J'ai une formation en Lettres et en Linguistique, ce qui fait que je suis des plus exigeantes sur la forme et sur le fond. J'ai un souci continu du respect du français, du beau langage, de la syntaxe correcte. Mais cela ne signifie pas que mes textes sont poussiéreux, bien au contraire : sur cette base faite de bon français et d'imparfaits du subjonctif, je greffe parfois des structures langagières tout à fait contemporaines, assez souvent du lexique familier, sinon populaire. Je prends autant de plaisir à raconter une histoire qu'à la mettre en forme. Et je pense que cela est dû à cette double formation (je viens de me rendre compte que j'ai utilisé le jargon des linguistes; je ne corrige pas, parce que c'est ainsi que je pense, même dans l'intimité de mes réflexions) (on ne se refait pas!).

Heureusement, mes activités professionnelles me maintiennentt tout le temps dans ce double univers, puisque je suis traductrice et professeur de FLE (Français Langue Etrangère). Sauvée!

Je suis donc une bosseuse qui, en outre, espère obtenir un jour la consécration de la publication papier. Et peut-être suis-je avant tout une adoratrice des mots?

Pourquoi écris-tu ?

La première réponse qui me vient spontanément est la suivante: "J'aime tout particulièrement le côté démiurge de l'écriture : on crée des personnages, on est Dieu, en quelque sorte". Créer des êtres! C'est très beau, même s'ils ne sont que de papier. Pour être franche, ils sont de papier au début, mais très vite, ils envahissent mon environnement: afin de bien décrire leur histoire, quand je suis en phase de rédaction, je pense à eux continûment, comme je penserais à des êtres réels.

J'écris donc pour ce plaisir de faire naître des personnes (non des personnages, distingo...), mais aussi parce qu'il est facile de dévoiler quelques pans de soi en s'abritant derrière des personnes imaginées, donc de divulguer quelque peu sous couvert de fiction. J'ai longtemps pensé et voulu croire que l'on pouvait écrire sans parler de soi en aucune façon. C'était une erreur; on se découvre, tôt ou tard, même inconsciemment. Depuis que j'ai compris ceci et, surtout, depuis que je l'ai accepté, mon écriture est beaucoup plus souple car elle s'est lâchée, elle est peut-être plus authentique - elle l'est sûrement.

De toute façon, si on veut vraiment rester dans l'ombre, on n'écrit pas, on ne crée pas. Celui qui écrit sait qu'il se dénude, d'une certaine façon; cela fait partie du contrat passé implicitement avec le lecteur. Donc, je dénude quelques faits, mais je les enrobe sous une couche fictionnelle épaisse. Qu'est-ce qui est réel dans mes romans? Qu'est-ce qui n'est pure imagination? Moi seule le sait, ainsi que quelques très proches. Et c'est bien, ainsi. Cela me permet de pouvoir continuer, sans me dire que tout un chacun pourra lire entre mes lignes.

J'écris donc pour le plaisir de créer des personnes / personnages qui sont parfois chargés de me représenter, pour le plaisir d'inventer des histoires.

La suite de l'interview prochainement.

Claire