Comment raconte-t-on une histoire, et pas n'importe laquelle, mais son histoire ?

La mémoire ne suffit pas à elle seule. Il y a les voyages que l'on a fait (ou pas fait) qui jalonnent un temps de notre espace. Les voyages que l'on a choisis ou ceux que l'on n'a pas véritablement choisis. C'était pour faire plaisir à... Ou parce qu'on a fait confiance à...

Il y a les souvenirs d'école qui rappellent des moments cruciaux de réussite ou de sentiment d'échec pour soi et pour l'entourage, croit-on. Des professeurs qui n'ont pas compris. Et l'on n'a pas su dire, trouver les mots, et d'ailleurs "ça ne se faisait pas".

Il y a des histoires d'amour inachevées, celles de l'enfance et de l'adolescence. Les querelles entre membres d'une même fratrie. Les peines, les blessures dont aucun baume ne semble soulager.

Il y a les recettes que l'on garde jalousement parce que transmises par celle (ou celui) qui savait si bien cuisiner : ce gâteau provençal dont on se souvient à jamais de l'odeur, du goût. Parce que, comme la madeleine de Proust, ce gâteau renvoit à des souvenirs profonds.

Il y a les photos jaunies, découpées, abîmées, et l'on se se souvient vaguement d'un nom. Un nom qui revient à la mémoire qu'on croyait avoir oublié. Celui-là est le frère de... Il y a les dessins tels un exutoire au moment de l'adolescence qui se prolonge parfois dans l'âge adulte. Ces dessins qui expriment tant nos manques et que l'on garde farouchement (comme un journal intime). C'est de soi à soi. Et aussi le désir de transmettre de soi à TOI.

Des fils qui se dénouent, qui ne demandent que ça : se délier pour mieux faire sens, pour se réapproprier l'histoire qui s'enfuit doucement. Garder trace, permettre l'art de la transmission entre les générations.

ça sert à ça aussi, les ateliers d'écriture basés sur l'écriture de soi. Retrouver des pans de son histoire, garder ces moments, puis, un jour,  les transmettre.

Texte écrit et paru sur mon premier blog : Et si je disais (plateforme : Haut et fort), le 30 mars 2011. Texte modifié le 1er novembre 2013.

Claire Roig